Exposition des enfants aux écrans : que révèle l’étude Enabee ?

En septembre 2025, Santé publique France a publié les premiers résultats de l'étude Enabee, une vaste enquête consacrée au bien-être des enfants scolarisés en maternelle et en école élémentaire. Parmi les nombreux sujets étudiés, l’exposition des enfants aux écrans occupe une place importante. L'enquête permet notamment de mesurer le temps passé devant les écrans selon l'âge, les équipements utilisés et l'apparition des premiers usages des réseaux sociaux.

L'exposition aux écrans augmente avec l'âge

Les résultats montrent une progression régulière du temps d'écran des enfants à mesure qu'ils grandissent.

Entre 3 et 5 ans, les enfants passent en moyenne un peu plus d'une heure par jour devant un écran. Entre 6 et 8 ans, cette durée approche les deux heures quotidiennes. Chez les enfants de 9 à 11 ans, elle dépasse déjà deux heures et demie par jour. Cette exposition augmente nettement les jours sans école.

Ces chiffres ne signifient pas qu'un écran serait nécessairement mauvais pour un enfant. Télévision, tablette, console, ordinateur ou smartphone font désormais partie de la vie quotidienne des familles. Les écrans peuvent servir à regarder des dessins animés, jouer, communiquer ou encore effectuer certaines activités scolaires.

L'étude met cependant en évidence une tendance claire : la place des écrans dans la vie des enfants augmente avec l'âge, et leur utilisation commence relativement tôt.

Combien de temps les enfants passent-ils devant les écrans ?

Une part importante des enfants interrogés dépasse les recommandations françaises relatives au temps d'écran.

Plus d'un enfant sur deux de moins de six ans passe déjà plus d'une heure par jour devant un écran. Chez les enfants de plus de six ans, plus d'un sur deux dépasse deux heures quotidiennes.

Les recommandations du ministère de la Santé restent pourtant prudentes : l'exposition doit être particulièrement limitée chez les plus jeunes, tandis que l'utilisation d'un téléphone avec accès à Internet est déconseillée avant 11 ans et celle d'un smartphone connecté avant 13 ans.

L'enjeu n'est donc pas uniquement de mesurer combien de temps les enfants passent devant les écrans, mais également de comprendre dans quelles conditions ces écrans sont utilisés.

Les parents cherchent à limiter le temps d'écran

Les parents connaissent globalement les recommandations concernant l'exposition des enfants aux écrans. La grande majorité déclare essayer de limiter le temps que leurs enfants passent devant la télévision, une tablette, une console ou un smartphone.

En revanche, le contrôle des contenus regardés devient plus difficile avec l'âge.

À mesure que les enfants gagnent en autonomie, les parents peuvent avoir davantage de difficultés à savoir précisément ce qu'ils regardent, quelles applications ils utilisent et combien de temps ils passent réellement devant un écran.

Cette évolution est particulièrement importante avec l'apparition progressive des smartphones et des réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux apparaissent dès l'école primaire

L'accès aux réseaux sociaux reste marginal chez les enfants scolarisés en maternelle, mais il progresse rapidement dès l'école primaire. Selon l'étude Enabee, les filles y accèdent légèrement plus tôt que les garçons.

Cette évolution pose une question différente de celle du simple temps d'écran. Les réseaux sociaux ne proposent pas seulement des contenus à regarder : ils reposent également sur des mécanismes de recommandation, de comparaison sociale et de recherche de validation.

L'exposition des enfants aux écrans ne se résume donc pas au nombre d'heures passées devant une télévision ou une tablette. Le type d'écran, les applications utilisées, les contenus consultés et le degré d'autonomie de l'enfant sont également déterminants.

Quels écrans utilisent les enfants ?

L'étude Enabee s'intéresse également aux équipements disponibles dans les foyers.

Jusqu'au CM2, la télévision reste l'écran le plus utilisé par les enfants, loin devant les consoles de jeux, les ordinateurs et les smartphones. Mais les équipements personnels progressent rapidement avec l'âge.

Environ un quart des enfants âgés de 9 à 11 ans possèdent déjà leur propre smartphone. Près d'un élève de CM2 sur deux en est équipé avant même son entrée au collège.

Cette évolution modifie profondément la manière dont les enfants accèdent aux contenus numériques. Avec un téléviseur familial, l'utilisation de l'écran se déroule généralement dans un espace partagé. Avec un smartphone personnel, l'enfant peut accéder à Internet, aux applications et aux réseaux sociaux de manière beaucoup plus autonome.

L'exposition aux écrans varie aussi selon le contexte social

Les chercheurs observent également des différences selon la situation sociale des familles.

Les enfants vivant dans des ménages où le niveau de diplôme est plus faible sont, en moyenne, davantage exposés aux écrans et plus souvent équipés d'un smartphone personnel.

Ce constat ne permet évidemment pas d'établir un lien de cause à effet direct. De nombreux facteurs peuvent intervenir : l'organisation de la vie familiale, les contraintes professionnelles des parents, le logement ou encore l'accès à des activités sportives, culturelles et extrascolaires.

Il rappelle néanmoins que les usages numériques des enfants s'inscrivent dans un contexte social plus large et ne peuvent pas être réduits aux seules décisions individuelles des parents.

Un écran dans la chambre peut compliquer la surveillance

Enfin, l'étude met en évidence une autre caractéristique importante de l'environnement numérique des enfants : la présence d'un écran directement dans leur chambre.

Cette configuration peut rendre plus difficile la supervision parentale et favoriser un usage solitaire, notamment le soir. Or le sommeil joue un rôle essentiel dans le développement et le bien-être de l'enfant.

La question de l'exposition aux écrans concerne donc aussi l'organisation de l'espace familial : où se trouve l'écran ? À quel moment l'enfant l'utilise-t-il ? Est-il accompagné ou seul ? Et peut-il continuer à l'utiliser une fois couché ?

Faut-il interdire les écrans aux enfants ?

L'étude Enabee ne désigne pas les écrans comme un ennemi et ne permet pas, à elle seule, de conclure qu'ils seraient systématiquement nocifs pour les enfants.

Elle dresse avant tout un état des lieux de l'exposition des enfants aux écrans en France. Les usages numériques commencent tôt, augmentent avec l'âge et deviennent progressivement plus autonomes.

La question n'est donc peut-être plus simplement de savoir s'il faut ou non laisser les enfants utiliser des écrans. Elle consiste plutôt à déterminer quelle place les écrans doivent occuper dans leur quotidien, quels contenus leur sont accessibles et comment les accompagner dans l'apprentissage de ces nouveaux outils.

Car derrière la question du temps d'écran se trouve finalement une question plus large : comment permettre aux enfants de grandir avec le numérique sans que celui-ci ne prenne toute la place ?

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