Espaces « no kids » : pourquoi les lieux interdits aux enfants préoccupent la CNCDH

Les espaces « no kids », également appelés « adults only », se développent dans plusieurs secteurs, notamment l’hôtellerie, les transports et les loisirs. Ces lieux, qui limitent ou excluent la présence des enfants, suscitent des interrogations sur leur place dans la société et leur accès à l’espace public. Dans un avis publié en juillet 2026, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) alerte sur les conséquences de cette tendance et sur le risque d’une invisibilisation progressive des enfants.

Que signifie « no kids » ?

L’expression « no kids » désigne des espaces ou des services qui interdisent ou limitent la présence des enfants. Le terme « adults only » est également utilisé, notamment dans l’hôtellerie et le tourisme, pour désigner des établissements ou des espaces réservés aux adultes.

Le phénomène ne concerne plus uniquement quelques établissements privés. La question de la présence des enfants dans l’espace public s'est récemment invitée dans le débat français à la suite d'une proposition commerciale de la SNCF visant à exclure les enfants de moins de 12 ans de certains espaces.

La CNCDH, saisie par la Haute-commissaire à l'enfance Sarah El Haïry, a adopté le 2 juillet 2026 un avis consacré à l'exclusion des enfants de l'espace public et au phénomène « no kids ».

Pourquoi les espaces « no kids » se développent-ils ?

Selon la CNCDH, le développement des espaces « no kids » et « adults only » dans plusieurs pays européens traduit une diminution progressive de la place accordée aux enfants dans l'espace public.

Deux phénomènes peuvent contribuer à cette évolution.

D'une part, la volonté de mieux protéger les enfants peut conduire à limiter leur autonomie et leurs déplacements.

D'autre part, certains adultes manifestent une tolérance moindre à l'égard de la présence des enfants, parfois perçus comme une nuisance dans certains lieux.

La question dépasse donc le seul débat sur les établissements « adults only ». Elle interroge plus largement la manière dont la société considère la présence des enfants dans les espaces communs.

Les enfants disposent-ils encore d'assez d'espaces publics ?

La CNCDH souligne également le manque de lieux gratuits et adaptés aux enfants et aux adolescents.

Les jeunes enfants disposent notamment d'aires de jeux, mais les adolescents ont beaucoup moins d'espaces où ils peuvent se retrouver librement en dehors de l'école et du domicile familial.

Faute d'alternatives accessibles, ils se tournent notamment vers les centres commerciaux.

Cette situation pose la question de l'accès des enfants et des adolescents à des espaces permettant à la fois de se déplacer, de jouer, de se retrouver et de développer leur autonomie.

La réduction des espaces accessibles aux jeunes peut également avoir des conséquences sur leur santé et leur développement, en favorisant la sédentarité et en réduisant les occasions de socialisation. Elle peut aussi renforcer un sentiment d'exclusion, d'anxiété ou l'impression de ne pas être pleinement les bienvenus dans l'espace public.

L'exclusion des enfants ne touche pas tous les jeunes de la même manière

En 2026, les moins de 15 ans représentent près de 11 millions de personnes en France. Pourtant, tous les enfants et adolescents ne disposent pas des mêmes possibilités d'accès aux espaces publics.

La CNCDH identifie plusieurs catégories particulièrement exposées.

Les enfants racisés

Certains enfants racisés peuvent être davantage confrontés à la stigmatisation, à la méfiance fondée sur des préjugés liés à la délinquance ainsi qu'à un contrôle social ou policier plus important.

Les filles

Les filles peuvent être confrontées à des difficultés spécifiques dans l'espace public : peur de se déplacer seules, violences liées au genre ou encore remarques portant sur leur tenue et leur comportement.

Les enfants en situation de handicap

L'accès aux transports, aux déplacements et à différents espaces publics peut être plus difficile pour les enfants en situation de handicap, ce qui limite davantage encore leur autonomie et leur accès aux lieux communs.

Les enfants issus de milieux défavorisés

Les conséquences de cette réduction des espaces publics peuvent être particulièrement importantes pour les enfants issus de milieux défavorisés.

Certaines familles disposent d'un jardin, peuvent financer des activités de loisirs ou possèdent une résidence secondaire. D'autres dépendent davantage des espaces publics pour permettre à leurs enfants de jouer, de se déplacer ou de se socialiser.

Or ces espaces peuvent être insuffisants, peu équipés ou exposés à différentes nuisances, notamment liées à la circulation automobile.

Les espaces « no kids » posent donc une question de société

Le débat sur les espaces « no kids » ne porte finalement pas uniquement sur le droit des adultes à disposer de lieux réservés ou sur les contraintes liées à la présence des enfants.

Il pose une question plus large : quelle place la société souhaite-t-elle réellement accorder aux enfants dans l'espace public ?

Pour la CNCDH, la multiplication des espaces qui limitent leur présence doit être mise en regard du manque de lieux publics gratuits, accessibles et adaptés aux enfants et aux adolescents.

L'enjeu est donc de permettre aux enfants de disposer d'espaces où ils puissent non seulement être protégés, mais aussi vivre, jouer, se déplacer, se socialiser et gagner progressivement en autonomie.

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